un petit texte

 


Peindre avec les pieds
par Claude Meunier

Il y a les assis, les artistes assis ; ils sont arrivés, souvent
même avant d’être partis. Arrivés, et assis. A leur place.
Et il y a les marcheurs, qui écrivent ou peignent avec
leur pieds, en route, en piste, en marchant. Parfois,
ils n’arrivent à rien, nulle part ; ils marchent, ça marche,
mais ils n’arrivent pas, pas d’assiette, pas d’assises.
Se sont perdus en route.
Dans un genre proche, y’a ceux qui flottent.
On se fiche des premiers, les siégeurs.
Les autres, c’est Du Bellay, Stendhal et Queneau. Et moi.
Après ces quelques attendus, voyez le topo et considérez
l’Asphalte de Bastien Morin : composer le tableau avec
ses pieds (et le poème dans le même temps) et laisser
flotter le sujet avec aisance, jusqu’à garder une trace,
très réelle, une trace du temps qui passe.